Jean Marc Paubel

Jean Marc Paubel

De la texture profonde de la vie

 

Jean-Marc Paubel est fasciné par les textures végétales, leur intimité organique, leur lente sédimentation en strates successives gardiennes de mémoire. Il aime s’enfouir dans cette sorte d’humus premier, comme pour revenir à l’origine micro-cellulaire de la vie. Il utilise pour cela deux procédés totalement opposés. Le premier est la décantation de matière, comme on fabrique le papier. Décantation aléatoire et contrôlée qui produit des textures-paysages, supports de méditation où forme et fond sont confondus dans une sorte de conjonction proprement métaphysique. La deuxième est le traitement de l’image du végétal par l’informatique qui permet de prolonger le processus vital, de mettre en abîme sa logique interne, d’y pénétrer à s’y dissoudre la pensée même, pour mieux accéder à ce sentiment d’une mystérieuse raison universelle.

Pierre Souchaud

L’oeuvre grande ouverte de Jean-Marc Paubel

Voici donc trente ans que Jean-Marc Paubel est à la quête de ses propres émotions esthétiques, mais aussi du partage et de l’échange avec celles des autres artistes. « J’ai toujours trouvé dans le talent des autres des motifs d’émerveillement et des opportunités de progrès et d’enrichissement pour mon travail. », écrit-il en exergue du texte récapitulatif de son parcours, qui en effet a été nourri de cette profonde attention à ses semblables.

Une attention et un respect pour autrui, qui sont indissociables de ceux qu’il entretient en permanence avec la matérialité des objets picturaux, leur vérité et leur mystère internes, le pouvoir d’expression qu’ils possèdent en deçà et au-delà de leur immédiate apparence.

Et c’est bien cette quête en simultanéité de l’intériorité aussi bien des matériaux utilisés que des images produites et des humains fréquentés, ce va et vient constant entre le « moi » et « l’autre », entre le dedans et le dehors de soi, qui fait de Jean-Marc Paubel un artiste exemplaire de générosité, d’inventivité et d’aptitude à créer du lien entre les artistes et la diversité de leurs expressions. Est significative à cet égard, l’équivalence entre la multiplicité des expositions qu’il a initiées et la variété des techniques et des matériaux qu’il a utilisées pour sa création plastique.

Cette ouverture au monde sans discontinuité et cet ancrage dans toutes les réalités de l’art, caractéristiques de l’oeuvre de Jean-Marc Paubel, montrent bien comment l’artiste d’aujourd’hui peut continuer à jouer son indispensable rôle dans les réseaux de reconnaissance de la création actuelle.

Pierre Souchaud, artiste auteur et fondateur de la revue Artension – 2015

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Entre ciel et terre

« Le peintre travaille dans l’obscur chaos qui précède la séparation des eaux d’en bas

et des eaux d’en haut. Il œuvre avant la création de la première lumière.

Il remonte à la création du monde, mi-témoin, mi-archange ouvrier.»

Jean-Luc Marion

Si Jean-Marc Paubel pratique la sculpture, la photographie et la vidéo, il n’en reste pas moins qu’il aborde ces différents médiums avec une sensibilité et un regard de peintre. Cherchant sans cesse les moyens de donner corps à ce qui n’en a pas, chacune de ses œuvres nous invite à plonger au cœur d’un monde inconnu ; d’un monde peuplé de fantômes et de spectres ; d’un monde à mi-chemin entre l’ordre du symbole et le grouillement informe de nos sensations.

Dans sa série d’archanges, par exemple, ce qui nous est montré comme œuvre n’est pas la série de sculptures elle-même, mais le point de vue à partir duquel l’œil du peintre les voit. Les volumes et les masses n’y apparaissent plus qu’à titre de tache et de lignes, et l’espace – qui caractérise d’ordinaire la sculpture – s’y volatilise en une infinité d’images. De la même manière, dans sa série de vidéos intitulée Déserts, les photographies qui en composent la matière formelle, semblent reprendre souffle et vie et se contaminer entre elles.

Mais c’est peut-être dans sa série de peintures – justement nommée Cimes – que se révèle avec le plus de force, le centre fantasmatique de son œuvre. Ni tout à fait abstraite, ni vraiment figurative, cette série en forme de variations lyriques, nous entraîne au cœur d’un univers encore balbutiant et informe, mais qui pourtant, envers et contre cet apparent désordre, nous procure la sensation étrange d’être en équilibre parfait ; autrement dit, d’être ce vivant paradoxe : une totalité informe.

Frédéric-Charles Baitinger