Danielle Le Bricquir

Danielle Le Bricquir

Sa propre mythologie

« Son enfance bretonne éblouie par les ex-voto, les poutres peintes et les sculptures polychromes de l’église de son village; plus tard ses voyages au Mexique, au Maroc, en Indonésie, au Sahara, en Nouvelle Calédonie; ses études d’ethnologie; et toujours sa fascination pour la culture celtique et le mouvement COBRA… Ainsi, existe-t-il, à l’intérieur de l’oeuvre de Danielle Le Bricquir cette quête permanente parmi les lieux d’enfance, les images de pureté native, l’art primitif, l’art populaire, les contes et légendes, les expressions de foi vraiment enracinées dans une culture, dans un héritage historique.
C’est donc au milieu de ce grand questionnement à la conscience collective que s’inscrit sa peinture comme voyage aux sources les plus intimes… C’est bien pour aller au plus profond de soi, que Danielle Le Bricquir sait éviter le raccourci anecdotique et la référence extérieure : sa peinture se nourrit et s’inspire librement d’elle-même, crée son propre langage, son propre mot à mot, sa propre humanité, sa propre mythologie… C’est une peinture où la narration imagée naît, de façon parfaitement aléatoire et nécessaire, de la couleur et de la matière mêmes… » P.Souchaud

 

Biographie

Danielle Le Bricquir a étudié l’histoire de l’art à l’Ecole Nationale des Beaux Arts de Paris, les techniques de la peinture dans les ateliers de Georges Arditi et Leonardo Cremonini et la littérature à la Sorbonne, où elle a soutenu une thèse : «Le groupe pictural Cobra et l’écriture», publiée aux éditions du Septentrion.

Elle vit entre son atelier de Bretagne et Paris, où elle exerce d’importantes responsabilités dans l’organisation du Salon d’Automne. Elle est co-fondatrice du Salon d’Automne International.Ses œuvres sont figuratives, colorées, joyeuses et graves, à l’image de sa vision de la société et de son expérience personnelle .Elle crée un univers que nul n’a jamais vu mais qui, pourtant, semble familier.
Regardez-bien: sa peinture parle de vous, au plus profond de vos émotions et de vos souvenirs.

Sur le chemin de Chagall et de Klee, elle dévoile son monde onirique et poétique qui tend au spectateur le miroir de sa propre imagination.

Artiste reconnue, Danielle Le Bricquir expose aujourd’hui sur tous les continents.

Elle fut l’invitée d’honneur du Lycée Français de New York. Cette année, elle vient de recevoir le prix de peinture à la Biennale d’Art et Littérature du Caire.

Ses oeuvres sont entrées dans des musées et de grandes collections privées.

 

André Le Mauff

 Photographies pigments sur coton

Révéler le visible

« Je ne reproduis pas le réel, je le révèle » dit André Le Mauff… mais pour révéler ce réel, il faut d’abord le regarder et surtout avoir cette disponibilité du regard qui permet de le voir, de le saisir, et enfin, de le fixer sur la photographie… Et André Le Mauff a l’œil qui convient pour cela, vif, libre, sauvage, vigilant, ouvert et suffisamment éveillé pour déceler immédiatement parmi les milliers de propositions visuelles offertes par la vue permanente des menues choses de ce monde, celle, furtive, d’un réel plus profond. Celui d’un d’un pan de réalité qui devient objet de fascination pour le photographe, parce qu’il est le lieu d’une heureuse rencontre aléatoire entre des éléments visuels porteurs de pouvoirs d’évocation et d’expression dans des registres certes très différents, mais de la rencontre desquels jaillit miraculeusement, comme une évidence première.

Cette mystérieuse évidence propre à la peinture abstraite, parce qu’elle est sans objet figuré et, grâce à cela, révélatrice d’une autre réalité, qui est celle justement de cette fabuleuse aptitude que possède l’oeil humain à donner du sens et de la beauté à ce qu’il voit.

Pierre Souchaud

 

 

 

 

Bénédicte Vallet

Délicates concrétions du temps

Le pouvoir de fascination des délicates porcelaines de Bénédicte Vallet, vient sans doute de ce qu’elles sollicitent une mémoire archaïque du monde en évoquant ce passage du minéral à l’organique. On y voit comme l’apparition de premières structures vivantes organisées et conscientes de l’être : efflorescences coralliennes, colonies de coquillages, invertébrés pélagiques aux formes extraordinaires mais viables, phénomènes de concrétion, de calcification, de sédimentation, de cristallisation d’ordre géologique… Ce sont les objets précieux et fragiles, comme destinés à une une prière intime qui permettrait d’arrêter le temps afin que le regard et la pensée puissent s’y dissoudre paisiblement.

Pierre Souchaud

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Diplômée des Beaux Arts de Nantes Design Environnement  

Depuis 2006   Salons professionnels et grands publics, des circuits céramique et Métiers d’art

 

 

C’est une démarche qui prend sa source à travers un travail de mémoire, lié à la lumière des îles.

Structure poétique, à la fois animal et fossile .Habitacles abandonnés… Sculptures mobiles et vivantes, s’articulant, se re-positionnant, de façon multiples dans l’espace.. Sculptures aériennes ou échouées.

C’est l’idée toujours présente, de coudre la porcelaine qui motive cette recherche, s’associant à une ré-interprétation de formes, de textures naturelles et utopiques, de tissages et d’accumulations de pièces.

Se rapprocher au plus près, de la confection d’un textile céramique, en faisant parler l’empreinte et le lien. Un jeu de souplesse, un bruissement de sonorités.

Bénédicte Vallet

 

Isabelle Leclercq

L’ordre minéral

Isabelle Leclercq a intitulé une de ses récentes œuvres « origine du monde », car il est vrai que sa création évoque une beauté qui tient de l’innocence et de la pureté originelle. Une harmonie première qui précède le passage du temps, mais que le travail de celui-ci restitue dans ses jeux entre l’inerte et le vivant. Ce sont, dans l’ordre du minéral, les formes nées de longs processus géologiques de concrétion, de sédimentation ou d’érosion. Et puis, dans l’ordre du vivant, ce sont « les rides d’un visage, les cernes du tronc d’un arbre coupé, les stries de croissance d’une huître ou d’un coquillage »

Alors Isabelle Leclercq restitue par l’épreuve du feu, à partir de « ces rubans de terre qui sont aussi rubans de temps » dit-elle, ces longs processus d’apparition de formes à l’évidente et fascinante beauté, parce que s’y conjuguent miraculeusement le biologique, le sensuel et le spirituel dans une apaisante et mystérieuse intemporalité.

P Souchaud

 

Christine Fabre

Quand la Beauté est évidence partageable

Christine Favre oeuvre avec la totalité du monde, passé, présent, futur et de tous lieux sur cette terre. Elle fait corps avec la terre, l’eau et le feu, mais aussi avec le minéral, le végétal, l’animal et l’humain bien sûr, pour faire naître ces vasques, ces creusets, ces vases canopes qui contiennent la folie des hommes, autant que leur raison d’être, d’aimer et d’espérer.

Elle est une créatrice de formes qui ne prétend pas à l’unique appellation « artiste », mais qui aime aussi celle de « potière », puisque c’est par là qu’elle est entrée en « Art », et qu’elle connaît la vertu de l’humilité en ce domaine.

C’est une artiste qui sait porter le « faire » au niveau d’un acte liturgique liant les pratiques ancestrales à la modernité technique, mais également qui pense, sent et agit avec le contenu, avec le tréfonds de l’être, avec le magma incandescent qui nourrit le vivant, de telle sorte que l’acte de création conjugue transcendance et incarnation.

« Archéologue de l’imaginaire », elle nous fait apparaître  des objets, où l’utilitaire et le rituel sont indissociablement mêlés, où le quotidien rejoint l’intemporel et où le profane côtoie le sacré, pour la célébration d’une spiritualité commune à toutes les religions et à toutes les cultures.

Oui, les œuvres de Christine Fabre redonnent du sens, du contenu et de la légitimité à l’emploi du mot Beauté. Elles contribuent à la nécessaire restauration des valeurs esthétiques éternelles et universelles, par leur réinscription exemplaire de l’art dans la sensualité, dans l’évidence immédiate, et, par là, dans la réalité palpable et profonde de l’humain.

Par leur pureté et leur noblesse intemporelles, elles suscitent dans les regards qu’elles aspirent, la même fascination et le même respect, qui ont été éprouvés partout et de tous temps, pour les objets de culte. Elles sont des moments de communion entre les hommes pour le partage d’un même émerveillement.

 Pierre Souchaud

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Parcours des métamorphoses

Je retrouve maintenant la peau de la terre. N’ayant plus le désir de recouvrir d’émail sa surface, je l’ai dépouillée. Mise à nu, elle me renvoie au constat d’un monde qui craque et se fissure. Obstinément, quelques veilleurs sans doute nous accompagnent. La présence animale, végétale et humaine, telle un bouclier dont il faudra tenir compte afin d’ éviter le chaos, nous protège. Je travaille l’argile: « je suis sa plasticité, sa fragilité ». Le bronze, me contraint à une confrontation physique: la résistance du métal.  Dès sa mise en oeuvre je ressens une force quasi indestructible. Peut-être vient-elle un peu de moi? Le chemin entr’aperçu, je dois encore chercher, il me conduit vers de nouvelles métamorphoses: le verre. Par la fusion, le passage de l’organique au  minéral, du liquide au solide, de l’opaque au transparent, m’obsède jusqu’à la préfiguration. Le dialogue entre ces matériaux, leur résonance, n’est pas une confrontation mais la recherche d’une harmonie: comme si des mondes apparemment différents allaient enfin comprendre qu’ils viennent tous d’un même magma, et qu’ils sont là pour jouer l’unique partition, l’opéra du monde.

Christine Fabre

Membre de l’Académie Internationale de la Céramique

Christine Fabre expose dans le monde entier et est représentée essentiellement  par la galerie Capazza  de Nançay .Elle a été l’invité d’honneur  du  Liuli China Museum de Shanghaï  en 2015/ 2016 : cliquer sur le lien ci dessous.

https://www.youtube.com/watch?v=W_csvZAGx_g

 

Maurice Sage

Maurice Sage

Surgissements premiers

 Les images que nous propose Maurice Sage semblent être celles des premiers moments d’une genèse. Ce sont des formes pures, virginales, natives, comme tout juste surgies d’un règne minéral. Elles sont prémices de pensée, de conscience et de vie. Elles sont comme ces premiers êtres organisés, animaux ou végétaux, apparus miraculeusement un jour, à la surface inerte de la terre.

Ni abstraites, ni figuratives, ni narratives, ni métaphoriques, elles ne représentent rien d’autre qu’elles-mêmes ; elles sont totalement libres de leur devenir et ouvertes à toutes interprétations et projections, sollicitant ainsi le spectateur dans son aptitude à rêver librement.

Elles sont, comme les calligraphies orientales, nées de l’exactitude et de l’intensité d’un geste où fusionnent le cœur et l’esprit.

La beauté est là, entre le hasard de la matière et la nécessité de la vie, dans cette quête d’une vérité originelle.

 

Pierre Souchaud

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Maurice Sage

La danse des temps fossiles

 

« Il est possible de forger, pour désigner les êtres célestes, des figures

à conditions de prendre les similitudes sur le mode de la dissemblance

et de ne point les définir univoquement. »

Denys l’Aréopagite

 

Et si la pierre, en ses multiples couches brisées, ne renvoyait pas seulement au règne minéral, mais désignait, dans l’esprit de celui qui la contemple, une sorte de paysage intérieur ou, pour le dire encore autrement, une sorte de vie fossile des formes ? Voilà bien la question à laquelle nous convie l’œuvre de Maurice Sage, peintre-poète et paléontologue ayant choisi pour terrain d’étude ses propres affects.

 

A l’image d’un Bissière peignant au jour le jour ses humeurs, son œuvre est le journal de sa vie intime ; la transcription plastique de ses rêveries en taches de couleurs. C’est pourquoi, peut-être, à l’instar des peintres du moyen-âge, Maurice Sage semble avoir fait du dissemblable la clef de voûte de son esthétique : car en-deçà (ou par-delà) le réalisme apparent de ses paysages d’âme, cet artiste à la sensibilité délicate, ne cherche en réalité qu’une seule chose : faire de sa peinture la concrétisation abstraite de ses émotions.

 

Mais pour que se produise une telle conversion du regard (pour que la dissemblance acquière son sens véritable) ne faut-il pas, au préalable, renoncer à voir dans cette peinture une référence au monde extérieur ; et plus particulièrement encore, au monde silencieux des roches et des pierres ? Cela est plus que probable, car à ne s’en tenir qu’à ce seul aspect des choses, nous nous priverions de voir dans son œuvre ce qui en fait sa force et sa grandeur. A savoir : la relation qu’elle établit entre le monde de la visualité pure et celui du sens de nos affects.

 

Frédéric-Charles Baitinger, Critique et écrivain d’art

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Yannis Markantonakis

Merveilleuses flottaisons

 Les grands paquebots de Yannis Markantonakis sont des évocations de fabuleux voyages bien au-delà des mers, vers un merveilleux indicible que seule la peinture peut vraiment nous permettre d’atteindre. Ils sont une incitation à l’envol vers une certaine lumière à l’intérieur de soi, dans une autre dimension, qui est celle assurément du spirituel ou du religieux.

La conjugaison, au cours de son enfance crétoise, de ces deux sujets de fascination, que furent simultanément, la vision desgrands bateaux passant au large et la très pieuse et assidue fréquentation de l’église du village, chargée d’odeur d’encens, de vieux bois, d’icones et d’images de ferveur populaire , a été déterminante dans la genèse de l’imaginaire de l’artiste, de ses fantasmes, de ses rêves, de sa douceur, de son humilité, de la transparence séraphique de son regard sur le monde.

La magie des images de Yannis Markantonakis, est la même que celle qui caractérise les peintures d’Albert Marquet, Corot, de Nicolas De Staël, et de Serge Poliakoff.

Des peintures intemporelles, patrimoniales, qui vont au fond du mystère du regard ou de la représentation, au lieu le plus secret et le plus permanent, où, chez l’homme, s’origine le plaisir de la poésie visuelle .

Merveilleuses flottaisons sur l’immensité marine de nos rêveries.

Pierre Souchaud

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Yannis Markantonakis peint un vent calme et solide, éternel et inébranlable ; c’est un vent de plomb qui souffle sans que rien ne bouge, sans qu’aucune vague ne se soulève ; nulle ride ne vient froisser la surface de la mer, nulle lame s’abattre sur le pont des navires. De gigantesques bateaux naviguent sur une mer profonde et sombre, riche de noir, de gris, de bleu, de couleur pétrole. L’eau lourde et immobile clapote contre les coques d’acier qui la fendent, la transpercent, l’habitent, lui donnent corps et résistance. Ces monstres de métal comme le son des trompettes marines percent la brume du port. Ils partent, arrivent, attendent : ils font tout à la fois. Ce sont des machines de voyage qui manoeuvrent sur les étendues que l’on nomme mers ou océans, des formes massives et évanescentes comme les pensées qui voguent sur les humeurs de l’âme.

Il n’y a pas de passagers, seulement nous-même. L’intense matière de ces tableaux est tortueuse ; ce sont des sillons qui attirent, capturent et mènent à la tempête après le calme. Les déferlantes invisibles et réelles giflent le spectateur qui, à bord de ces navires, vogue déjà au loin, au large, au-delà de l’horizon. La peinture prend vie : elle absorbe tout ce qu’elle trouve sur son chemin comme la mer avale, irrémédiablement, toute chose que ses vagues rugissantes et invincibles rencontrent. Les photographies que place parfois l’artiste dans ses tableaux sont happées par la peinture pour quelquefois ne jamais reparaître, laissant trace discrète de leur passage par une irrégularité sur la surface de l’oeuvre.

Il est de notre esprit comme de ces images. L’artiste lui-même s’efforce de ne pas penser quand il peint, de n’être qu’une matière inerte qu’aucune idée, maîtrise ou dessein ne traverse, afin que la furie créatrice de la peinture s’empare de lui tout entier, que, seule, elle s’exprime. Il en est de même pour le spectateur : aussi solide et puissant que peut être son esprit, il est malmené par la force toute puissante de la peinture, comme ces navires colossaux sont, par leur assise imperturbable, les cibles les plus fragiles face à la furie des flots.

Quand le visiteur revient à la vie, à celle des hommes sur la terre, il tangue. Ce ne sont que des tableaux, et un tableau reste un objet. Le corps en est un également, d’objet, mais il est le théâtre de l’esprit qui, lui, est immatériel comme le vent. Les tableaux sont tout autant le théâtre de la peinture, immatérielle elle aussi, souffle discret, sombre puissance. Chez Yannis Markantonakis, esprit et peinture sont ensemble partis en voyage dans des confins qui n’existent sur aucune carte géographique, ni sur aucune globe terrestre. Ils s’en sont allés dans quelques centimètres carré de tableau qui valent bien plus que tous les miles nautiques du monde, et durant des secondes qui durent bien plus longtemps que tous les siècles de l’univers. Ils sont devenus des marins qui rejoignent le port, et, de là, la terre beaucoup trop ferme des hommes. Dès lors, une seule envie les obsède : repartir. Ils veulent reprendre la mer à bord de ces bateaux que la peinture seule parvient à offrir, plus réels que ceux du monde des hommes ; ce sont les navires de la sensation – et, partant, de la vérité.

Célian de Préval.

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Yannis MARKANTONAKIS

 

Né en 1955 à La Chanée en Crète. Après son arrivée en France, il entre à l’académie Saint-Roch dans l’atelier de Jean Bertholle de 1985 à 1988.

vit et travaille à Paris et en Crète.

 

Expositions personnelles :

 

2013 – Galerie Françoise Souchaud Lyon avec le Musée d’Art et d’Industrie de St Eienne

2013 – galerie Brûlée, Strabourg, galerie Nabokov, Paris, galerie Bagnato, Konstanz

2012 – Galerie Born / Darss, Mechlenburg-Vorpommern

2011 – Galerie Françoise Souchaud, Lyon

2011 – Galerie Art Espace 83, La Rochelle, Galerie Richard Nicolet, Le Coustelle Oppède, Lubéron

2011 – Exposition « L’œuvre à l’œuvre » , Galerie Vivo Equidem, Paris

Guillaume Couffignal

Mystérieux vestiges

 Les architectures ruiniformes de Guillaume Couffignal sont des fenêtres d’envol pour l’imaginaire et la rêverie. Elles ont en effet ce mystère de vestiges qui semblent se situer hors du temps et n’appartenir à aucune civilisation connue. Elles peuvent évoquer cependant ce moment originel de la prise de conscience pour l’homme de sa nature humaine, et de l’apparition à lui même de ce sentiment du sacré qui le fait humain.

Ces édifices, avec leurs arènes pour la prière commune et ses escaliers pour la transcendance de chacun, sont des temples pour la célébration rituelle de cette spiritualité native, pour son incarnation et sa cristallisation. Ils sont nés de la fusion de l’âme pure primitive avec le magma incandescent.

P.Souchaud

Martine Bligny

 

Le baiser d’éternité

« Comme il y a de la pensée dans le travail du sculpteur, à quoi répond la pensée sculptée, ainsi il y a de l’amour dans le travail du peintre, à quoi répond le sentiment peint. (…) C’est pourquoi il y a toujours quelque chose de mystique dans un beau portrait. »

Alain, Système des Beaux Arts.

En marge de la frénésie contemporaine et de ses débordements, l’œuvre de Martine Bligny semble n’appartenir à aucune époque, à aucune mode, à aucune école. Frêle sylphide, hantant l’espace fantasmatique de son atelier, cette artiste à l’âme éprise de beauté, ne vit pas tout à fait dans notre monde. Son univers se perd dans la nuit des temps ; dans cette zone trouble et déroutante où se superpose, en une seule image, tous les souvenirs qui peuplent notre mémoire.

Et pourtant, à travers cette vitre d’amour, ne filtre jamais qu’un seul visage. Entêtant. D’une toile à l’autre, son être mobile insiste et persiste à vouloir faire de toute face un unique regard. Enigmatique. Toujours identique à lui-même. Toujours différent. Plus proche en cela d’un archétype que d’une personne réellement existante, ce regard nous fixe et nous interroge. Il nous invite, dans sa proximité distante, à revivre en nous-mêmes ce que son intériorité nous chuchote.

Qui suis-je ? Et qui es-tu, toi qui me regarde ? Ne suis-je pour toi que l’écho ténu d’une autre personne ? Peut-être me prends-tu pour ce pâtre Grec que tu as déjà vu dans une peinture de Piero de la Francesca ? Peut-être. Mais une chose est sûre : si tu acceptes de me voir tel que je suis – noyé dans mon regard – s’ouvrira à toi l’envers de ma figure. Et tu verras alors que je suis celui dont l’image est indifférente. Que je suis le dissemblable. Et si tu regardes encore, tu verras peut-être ce petit détail, qui tremble souvent au sommet de mon crâne, et qui est là pour te rappeler que toi et moi, envers et contre ce que la frénésie contemporaine affirme – nous ne sommes pas tout à fait de ce monde.

Frédéric-Charles Baitinger

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l’immensité des visages

Noyé de haute mémoire, un visage s’abîme dans la mer des visages. Tous

les dehors du monde ont disparu. Martine Bligny efface les excès de la

réalité, les blessures du dedans, et les effets provisoires du monde.

Visage en admirable suspens dans les racines sublimes des savoirs

disparus. Ne respire plus que l’air oublié d’un formidable passé.

Tendresse à jamais inassouvie, dans la nostalgie fantasmée des doux

visages et des douces cultures qui furent. Regard sans borne, traversé

d’outre-vie. Regard de nul oubli.

Dans l’impensable énigme de la pure présence, Martine Bligny enchante

l’absence. Un portrait innombrable voyage dans tous les possibles du

visage. L’étendue absorbe lentement les apparences de la peau.

L’intimité sans frontière, à fleur de surface et de dense peinture,

prend tout l’espace à son compte. Sensualité latente, retenue, ô combien

délicate, quand le corps n’est plus qu’un seul visage, infini et

poignant…

Mais la question éternelle et tendue des durs secrets de l’existence se

perd et s’enfouit dans la durée. Ces visages peints ont l’épaisseur du

temps, et la fragilité implacable des miroirs. Un regard de trop, un

instant de trop, et ils pourraient disparaître dans le néant. L’oeil est

l’organe du silence. Aigu comme une lame que pourrait blesser la

lumière, l’art de Martine Bligny unit la fusion la plus saisissante et

l’arrachement le plus cruel. Désir et distance ne cessent de s’

étreindre. Art d’envoûtement, où la mort-vie se déploie.

Autrefois, durant des siècles, voire des millénaires, le visage

n’existait pas, n’était qu’un masque intemporel, rigide, et sans

véritable intériorité. Pur dehors assembleur des lois cernant l’humain,

et définissant la face en modèle immobile et beau, statique et

dominateur. Martine Bligny a respiré ces sources grandioses. Elle

invente des visages familiers et lointains. Malgré leur apparente

douceur et leur subtile mélancolie, ils sont masqués d’étrangeté, et

d’une sublime proximité. Visages de dénuement, habités du dedans,

miraculeux, primitifs et contemporains.

Toutes les mémoires du monde ont laissé leurs sensibles traces, mais

l’insidieuse présence nue, dans sa sidérante contagion, abolit tout

souvenir. Somptueuse monumentalité de ces visages d’immensité, hors du

temps fabriqué des surfaces.

Une masse picturale insondable, inouïe de complexité, sécrète et

fusionne la face et l’univers, et le sourd magma des pigments diffuse la

part immergée de l’affect profond. Venus des confins, et ne communiquant

pas les bassesses de la modernité, ils taisent par pudeur les grandes

questions de l’être qui hantent et qui taraudent. Ils brûlent nos

certitudes.

Christian Noorbergen

 

Martine Bligny peintre de la parousie

Propos recueillis par Maximilien Friche

 

 

 

Guy Brunet

Guy Brunet

« Par le mot « non historique », je désigne la force de pouvoir oublier et de s’enfermer dans un horizon limité. J’appelle « supra-historique » les puissances qui permettent de détourner le regard du devenir vers ce qui donne à l’existence le caractère de l’éternel et de l’identique, vers l’art et la religion. » Friedrich Nietzsche

Où la pensée interroge la chair dont elle est issue

On sait immédiatement en voyant un tableau de Guy Brunet que la somptuosité formelle, la parfaite maîtrise technique, ne sont pas une fin en soi, mais un moyen d’accès à une sorte d’au-delà de la peinture et de son histoire. Dés lors, une question se pose :  Pourquoi la peinture ? Pour la quête ou la représentation de quelle réalité?

La vraie réponse et sa preuve irréfutable sont bien évidemment dans le silence de la peinture-même, qui scrute les corps et les visages sans nom, les étreint, les bouleverse, les dépèce, les confronte, à la recherche d’une raison profonde, d’une vérité intime, d’un être intérieur.

.Ce qui fascine ou hypnotise dans ces images, c’est cette sur-réalité de l’irréel, cette manière de pousser à son extrême la représentation visible, pour capter l’invisible, le sous-jacent et saisir dans la pénombre de l’atelier, la mystérieuse lumière existentielle, c’est – à dire l’origine même de cette Pensée qui fait l’Etre. Cet Etre que l’artiste recherche à l’intérieur des corps qu’il dénude, dépèce, désincarne, et des visages qu’il masque pour mieux en démasquer la raison interne.

Il y a de la magie et de l’envoûtement dans cette peinture faite de chair et de pensée, et où cette pensée semble interroger la chair dont elle est issue.

Pierre Souchaud

BIO GUY BRUNET

1974 à 1979 – Études aux Beaux-Arts du Mans

1979 – D.N.S.E.P. – Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique

Depuis 1983 – Enseigne le dessin et la peinture aux Beaux-Arts du Mans

 

 

Dans le ciel de l’art contemporain (où brille toute une myriade d’étoiles artificielles), l’oeuvre de Guy Brunet brille, quant à elle, d’un éclat solitaire et souverain. Puisant son inspiration aux sources mêmes de ce que Platon appelait, dans son Phèdre, « la Beauté éternelle des Formes » – et non, comme le veulent les hérauts de notre époque, aux sources cruelles de la transgression – la beauté plastique de ses peintures n’a d’égale que la beauté des oeuvres classiques avec lesquelles elles sont en dialogue, et de profondeur interprétative, que la quantité des références qu’elles mobilisent et qui sont comme autant d’hommages rendus à l’histoire de l’art entendu comme réservoir de formes.

par Frédéric-Charles Baitinger

Fidèle au célèbre adage d’Horace[1] qui voulait qu’une oeuvre n’atteigne à son plein potentiel expressif qu’à partir du moment où elle sait allier, en un tout cohérent, l’utile (c’est-à-dire, un contenu riche) à l’agréable (c’est-à-dire, la beauté), l’oeuvre de Guy Brunet nous invite à renouer avec une certaine idée de l’art (et de la fonction de l’artiste) qui n’est pas sans rappeler celle qui présida à ce que les historiens de l’art (et notamment Burckhardt) ont coutume d’appeler : la Renaissance. Car la Renaissance, à la différence des époques qui l’ont précédé et qui l’ont suivi, fut fondée non pas sur un déni des cultures passées (sur une soif de nouveauté constante), mais sur le désir de se réapproprier l’ensemble du contenu des cultures qui la précédèrent. Bien entendu, en affirmant une telle idée, nous ne voulons pas dire que l’oeuvre de Guy Brunet se contente de répéter des formes passées mais, tout au contraire, qu’elle a su entrer dans un rapport critique et vivant à la tradition dont elle émane sans pour autant succomber à la tentation, propre aux avant-gardes, d’en nier l’intérêt au nom de la nouveauté seule.

Dans sa série de peintures intitulée Masques, par exemple, ce que nous voyons ne saurait se laisser réduire à l’idée d’un simple jeu formel dans lequel le visage du portait peint se verrait recouvert par celui d’un satyre, d’un centaure, ou d’un ange; autrement dit, à l’idée qu’envers et contre les efforts que pourrait faire l’artiste pour s’arracher aux clichés que charrie en nombre infinie l’histoire de l’art, celui-ci ne pourrait, au final, que se voir partiellement vaincu par ses références. A l’inverse, il me semblerait plus juste de dire qu’en opérant une telle juxtaposition, Guy Brunet s’efforce, en fait, de nous montrer que la différence qui existe entre ces deux visages (entre le premier visage qui est souvent le sien, et « l’autre », le masque, qui appartient à l’histoire de la peinture) cesse d’exister dès l’instant que celui qui les peint sait extraire de ces deux entités le grain d’éternité qu’elles contiennent et qu’il sait donc, par conséquent, les faire entrer dans une dialectique où le présent (le vie) et le passé (l’histoire) se fécondent mutuellement.

De la même manière, ce qui fonde la valeur insigne de sa série de Triple portraits ne tient pas seulement au fait que les visages représentés soient exécutés avec une virtuosité technique digne des plus grands maîtres italiens (et notamment d’un maitre comme Giovanni Battista Moroni), mais bien aussi au fait que l’artiste, en les peignant, soit littéralement parvenu à les extraire du temps auquel ils appartiennent (car dans chaque Triple portraits, Guy Brunet s’est amusé à faire coexister des visages qui appartiennent soit à l’histoire de l’art (des portraits peints), soit à l’histoire culturelle (des portraits photographiques du siècle dernier), soit, enfin, à l’histoire actuelle (auto-portraits ou portraits d’après modèles)) pour leur donner une sorte d’actualité intemporelle ou, pour être plus précis encore, d’actualité « supra-historique ».

Or, qu’est-ce que cette actualité « supra-historique » qui brille à l’intérieur de chacune des peintures de Guy Brunet sinon le reflet d’une future Renaissance, c’est-à-dire, d’une Renaissance tout juste sur le point de naître et dont la tâche ne sera plus seulement, à l’instar de ce qu’elle fut pour l’art moderne et l’art contemporain, de rompre avec le passé (d’inventer de nouvelles formes) mais de redonner une actualité à tout ce que l’homme, dans sa marche à travers le temps, a su créer de Beau et d’éternel.  « La poésie veut instruire ou plaire; parfois son objet est de plaire et d’instruire en même temps.», Horace, L’Art poétique.