Elisabeth Gilbert Dragic

Mémorielles  frondaisons

Les fleurs fanées, les feuillages, les forêts tropicales, où Elisabeth Gilbert-Dragic semble vouloir se fondre à travers sa peinture, sont des images d’innocence cueillies autrefois par la petite fille qu’elle fut. Des végétations qui, aujourd’hui, ont acquis cette sensualité intemporelle, pleines de toutes les senteurs de l’humus nourricier et des corps aimés. Des fleurs qui nous semblent si familières qu’on en oublie leurs origines, l’exotisme des voyages dont elles sont issues; à l’instar des dahlias, originaires des régions chaudes du Mexique, d’Amérique centrale et de la Colombie, et que les Aztèques appelaient Cocoxochitl. Ce sont des frondaisons de paradis perdus, sublimées comme le sont les réminiscences de royaumes rêvés. Elles sont ressurgies de ses plus intimes jardins de mémoire. Les oeuvres d’Elisabeth Gilbert-Dragic sont nées de la fusion naturelle de l’humain et du végétal.

Pierre Souchaud

Des trois étapes de la fleur, Elisabeth Gilbert Dragic aime à représenter le dernier, quand le temps a fait son œuvre et que la fleur, alors fanée, raconte plus qu’elle ne parait. Est-ce une ode au temps qui passe ? Assurément, mais c’est aussi une manière délicate d’ériger, à coups de grands formats tout de même, ces petits rien de notre existence. Le temps semble accroché à chaque pétale avant qu’il ne succombe définitivement.

Cette fragilité florale, presque humaine au fond, rend évidemment hommage aux vanités des maîtres espagnols et hollandais du XVIIe ; mais la démarche d’Elisabeth apparait bien plus jusqu’au boutiste dans son rapport à la peinture. En effet, les fleurs fanées qui l’entourent à l’atelier subissent un traitement particulier : un bain furtif dans le pot de peinture blanche acrylique. Ce geste évoque l’embaumement, le rituel, une sorte de « taxi fleurmie » par la peinture.

Le motif floral, paré de sa nouvelle robe acrylique est ensuite représenté sur la toile pour fixer cette relation entre sublimation et étouffement, qui mêle d’un seul geste ses deux univers : floral et artistique.

Marlène Girardin, historienne de l’art

FORMATION

1993/94 Ecole Nationale des Beaux-Arts de Lyon.

1988-92 Diplôme d’architecture d’intérieur, Ecole d’Art Appliqué de la Ville de Lyon.

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