Christine Trouillet

Domus in pace

Compagnons du quotidien, tables, chaises, fauteuils, lits, ces objets inanimés ont assurément une présence et une âme. Et c’est bien cette lumière intérieure qui émane de ces êtres familiers, témoins muets et apaisants de notre vie, que Christine Trouillet nous restitue dans sa peinture.

Une peinture à retenir l’instant, pleine des émotions, des moments de tendresse et de douceur, inscrits dans la matière même de ces objets silencieux. Peinture de l’intimité sereine, qui nous permet d’entrer dans l’intimité de la peinture, ce lieu ou l’irréel est si proche de la vérité…et de la réalité profonde de la vie.

P. Souchaud

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Ineffable présence

A quel lieu mythique, à quelle contrée colorée appartiennent les peintures de Christine Trouillet ? S’il ne nous est pas possible de répondre directement à ces questions, nous pouvons, en revanche, tenter d’en éclaircir le sens et, par là-même, d’en approfondir la portée. Car il est bien clair qu’envers et contre l’absence de figures qui caractérise sa peinture, Christine Trouillet semble s’être donnée les moyens de représenter ce qu’il y a de plus humain dans le monde inanimé (mais pourtant habité) des objets.

Cherchant sans cesse les moyens visuels d’élever les sujets de ses peintures au niveau d’un poème, cette artiste joue avec l’imagination de ses spectateurs. Elle l’excite, la manipule, l’encourage à rêver ce qui, tout en étant absent de ses peintures, en constitue pourtant comme le centre de gravité.

Mais c’est peut-être plus encore dans l’usage qui est fait de la couleur que nous pouvons saisir avec le plus d’intensité à quel point les toiles que peint Christine Trouillet sont d’abord et avant tout des scènes de son intériorité. Plongeant chaque élément de ses compositions dans une sorte de vibration optique,. Hissant ainsi la figuration à la hauteur de l’abstraction lyrique, l’œuvre de Christine Trouillet est à la peinture ce que les poèmes de Hölderlin sont à la poésie. A savoir : « une manière d’habiter poétiquement le monde. »

 Frédéric-Charles Baitinger

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 les surgissements de l’intimité

Christine Trouillet fusionne au profond l’art et la sensibilité. Etreinte sacrale du désir et de la peinture, de la lumière et du sol. Chez elle, les lieux de vie creusent l’espace et l’absence. Sont présence lointaine d’espace et d’absence. Chez elle, les couleurs ont toujours déjà déserté les apparences. Le blanc peint est un territoire de sourde inquiétude, et de tension souveraine. Les traces, les stries, et les griffures s’accumulent. On dirait des cicatrices d’étendue. Les dehors du monde ont disparu.

La blancheur passante, sur fond de ténèbres, s’abandonne en grand silence aux cruelles grisailles de l’existence… Apre et brûlante, l’insidieuse peinture de Christine Trouillet prend la réalité à la gorge, sur fond d’ultime séparation, et de poignante nostalgie. Impact implacable, hors durée, et nu. Tout semble en suspens. Le souffle des choses a disparu.

Tous les lieux, ici, sont un seul lieu, habité d’âme. Il n’y a d’autre endroit que celui où le corps a pris place. Mais les corps de vie se sont éloignés, et la peinture a pris toute la place. Chez Christine Trouillet, l’émotion la plus nue et la plus forte s’empare à vif de qui ose regarder et se laisser regarder par ces signes habités. Le lit épars, le fauteuil ouvert comme une blessure, et la fenêtre masquée de ténèbres, sont en creux des symboles évidés de l’être. Peinture exigeante et première de l’imminence et de la proximité. Imminence du drame aigu de l’existence, au bord ultime de la mélancolie et des secrets. Proximité cruelle de la présence, énigmatique et disparue, tout au bout des doigts qui pourraient toucher, tout au bout des regards qui savent voir que tout fait demeure au corps absent.

Le lit est un horizon fragile, la fenêtre un miroir aveugle, et le fauteuil, fait tache d’opacité, installé en croix devant la lumière,… A jamais inassouvies, les rêveries du désir étendent leurs vagues charnelles sur la plaine adoucie des draps. Fabuleux paysage d’intimité. C’est l’autre en soi que cherche la peinture, dans l’autre de l’espace, et dans la fusion-effusion des non-couleurs. Et la brutalité, comme le sang, s’est retirée. L’art fait remède au réel, et vit de l’éloignement salutaire de l’impensable destin.

Belle et vraie peinture, décantée et classieuse, retenue et discrète, dense et souterraine. Si la gamme chromatique est resserrée, c’est pour mieux cerner le drame latent de sa saisissante scénographie. Christine Trouillet délivre une intense parole de vie où l’âme des objets peints s’unit à jamais à l’éphémère et tendre brûlure de l’être.

Christian Noorbergen

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