Yannis Markantonakis

Merveilleuses flottaisons

 Les grands paquebots de Yannis Markantonakis sont des évocations de fabuleux voyages bien au-delà des mers, vers un merveilleux indicible que seule la peinture peut vraiment nous permettre d’atteindre. Ils sont une incitation à l’envol vers une certaine lumière à l’intérieur de soi, dans une autre dimension, qui est celle assurément du spirituel ou du religieux.

La conjugaison, au cours de son enfance crétoise, de ces deux sujets de fascination, que furent simultanément, la vision desgrands bateaux passant au large et la très pieuse et assidue fréquentation de l’église du village, chargée d’odeur d’encens, de vieux bois, d’icones et d’images de ferveur populaire , a été déterminante dans la genèse de l’imaginaire de l’artiste, de ses fantasmes, de ses rêves, de sa douceur, de son humilité, de la transparence séraphique de son regard sur le monde.

La magie des images de Yannis Markantonakis, est la même que celle qui caractérise les peintures d’Albert Marquet, Corot, de Nicolas De Staël, et de Serge Poliakoff.

Des peintures intemporelles, patrimoniales, qui vont au fond du mystère du regard ou de la représentation, au lieu le plus secret et le plus permanent, où, chez l’homme, s’origine le plaisir de la poésie visuelle .

Merveilleuses flottaisons sur l’immensité marine de nos rêveries.

Pierre Souchaud

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Yannis Markantonakis peint un vent calme et solide, éternel et inébranlable ; c’est un vent de plomb qui souffle sans que rien ne bouge, sans qu’aucune vague ne se soulève ; nulle ride ne vient froisser la surface de la mer, nulle lame s’abattre sur le pont des navires. De gigantesques bateaux naviguent sur une mer profonde et sombre, riche de noir, de gris, de bleu, de couleur pétrole. L’eau lourde et immobile clapote contre les coques d’acier qui la fendent, la transpercent, l’habitent, lui donnent corps et résistance. Ces monstres de métal comme le son des trompettes marines percent la brume du port. Ils partent, arrivent, attendent : ils font tout à la fois. Ce sont des machines de voyage qui manoeuvrent sur les étendues que l’on nomme mers ou océans, des formes massives et évanescentes comme les pensées qui voguent sur les humeurs de l’âme.

Il n’y a pas de passagers, seulement nous-même. L’intense matière de ces tableaux est tortueuse ; ce sont des sillons qui attirent, capturent et mènent à la tempête après le calme. Les déferlantes invisibles et réelles giflent le spectateur qui, à bord de ces navires, vogue déjà au loin, au large, au-delà de l’horizon. La peinture prend vie : elle absorbe tout ce qu’elle trouve sur son chemin comme la mer avale, irrémédiablement, toute chose que ses vagues rugissantes et invincibles rencontrent. Les photographies que place parfois l’artiste dans ses tableaux sont happées par la peinture pour quelquefois ne jamais reparaître, laissant trace discrète de leur passage par une irrégularité sur la surface de l’oeuvre.

Il est de notre esprit comme de ces images. L’artiste lui-même s’efforce de ne pas penser quand il peint, de n’être qu’une matière inerte qu’aucune idée, maîtrise ou dessein ne traverse, afin que la furie créatrice de la peinture s’empare de lui tout entier, que, seule, elle s’exprime. Il en est de même pour le spectateur : aussi solide et puissant que peut être son esprit, il est malmené par la force toute puissante de la peinture, comme ces navires colossaux sont, par leur assise imperturbable, les cibles les plus fragiles face à la furie des flots.

Quand le visiteur revient à la vie, à celle des hommes sur la terre, il tangue. Ce ne sont que des tableaux, et un tableau reste un objet. Le corps en est un également, d’objet, mais il est le théâtre de l’esprit qui, lui, est immatériel comme le vent. Les tableaux sont tout autant le théâtre de la peinture, immatérielle elle aussi, souffle discret, sombre puissance. Chez Yannis Markantonakis, esprit et peinture sont ensemble partis en voyage dans des confins qui n’existent sur aucune carte géographique, ni sur aucune globe terrestre. Ils s’en sont allés dans quelques centimètres carré de tableau qui valent bien plus que tous les miles nautiques du monde, et durant des secondes qui durent bien plus longtemps que tous les siècles de l’univers. Ils sont devenus des marins qui rejoignent le port, et, de là, la terre beaucoup trop ferme des hommes. Dès lors, une seule envie les obsède : repartir. Ils veulent reprendre la mer à bord de ces bateaux que la peinture seule parvient à offrir, plus réels que ceux du monde des hommes ; ce sont les navires de la sensation – et, partant, de la vérité.

Célian de Préval.

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Yannis MARKANTONAKIS

 

Né en 1955 à La Chanée en Crète. Après son arrivée en France, il entre à l’académie Saint-Roch dans l’atelier de Jean Bertholle de 1985 à 1988.

vit et travaille à Paris et en Crète.

 

Expositions personnelles :

 

2013 – Galerie Françoise Souchaud Lyon avec le Musée d’Art et d’Industrie de St Eienne

2013 – galerie Brûlée, Strabourg, galerie Nabokov, Paris, galerie Bagnato, Konstanz

2012 – Galerie Born / Darss, Mechlenburg-Vorpommern

2011 – Galerie Françoise Souchaud, Lyon

2011 – Galerie Art Espace 83, La Rochelle, Galerie Richard Nicolet, Le Coustelle Oppède, Lubéron

2011 – Exposition « L’œuvre à l’œuvre » , Galerie Vivo Equidem, Paris

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