Guy Brunet

Guy Brunet

« Par le mot « non historique », je désigne la force de pouvoir oublier et de s’enfermer dans un horizon limité. J’appelle « supra-historique » les puissances qui permettent de détourner le regard du devenir vers ce qui donne à l’existence le caractère de l’éternel et de l’identique, vers l’art et la religion. » Friedrich Nietzsche

Où la pensée interroge la chair dont elle est issue

On sait immédiatement en voyant un tableau de Guy Brunet que la somptuosité formelle, la parfaite maîtrise technique, ne sont pas une fin en soi, mais un moyen d’accès à une sorte d’au-delà de la peinture et de son histoire. Dés lors, une question se pose :  Pourquoi la peinture ? Pour la quête ou la représentation de quelle réalité?

La vraie réponse et sa preuve irréfutable sont bien évidemment dans le silence de la peinture-même, qui scrute les corps et les visages sans nom, les étreint, les bouleverse, les dépèce, les confronte, à la recherche d’une raison profonde, d’une vérité intime, d’un être intérieur.

.Ce qui fascine ou hypnotise dans ces images, c’est cette sur-réalité de l’irréel, cette manière de pousser à son extrême la représentation visible, pour capter l’invisible, le sous-jacent et saisir dans la pénombre de l’atelier, la mystérieuse lumière existentielle, c’est – à dire l’origine même de cette Pensée qui fait l’Etre. Cet Etre que l’artiste recherche à l’intérieur des corps qu’il dénude, dépèce, désincarne, et des visages qu’il masque pour mieux en démasquer la raison interne.

Il y a de la magie et de l’envoûtement dans cette peinture faite de chair et de pensée, et où cette pensée semble interroger la chair dont elle est issue.

Pierre Souchaud

BIO GUY BRUNET

1974 à 1979 – Études aux Beaux-Arts du Mans

1979 – D.N.S.E.P. – Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique

Depuis 1983 – Enseigne le dessin et la peinture aux Beaux-Arts du Mans

 

 

Dans le ciel de l’art contemporain (où brille toute une myriade d’étoiles artificielles), l’oeuvre de Guy Brunet brille, quant à elle, d’un éclat solitaire et souverain. Puisant son inspiration aux sources mêmes de ce que Platon appelait, dans son Phèdre, « la Beauté éternelle des Formes » – et non, comme le veulent les hérauts de notre époque, aux sources cruelles de la transgression – la beauté plastique de ses peintures n’a d’égale que la beauté des oeuvres classiques avec lesquelles elles sont en dialogue, et de profondeur interprétative, que la quantité des références qu’elles mobilisent et qui sont comme autant d’hommages rendus à l’histoire de l’art entendu comme réservoir de formes.

par Frédéric-Charles Baitinger

Fidèle au célèbre adage d’Horace[1] qui voulait qu’une oeuvre n’atteigne à son plein potentiel expressif qu’à partir du moment où elle sait allier, en un tout cohérent, l’utile (c’est-à-dire, un contenu riche) à l’agréable (c’est-à-dire, la beauté), l’oeuvre de Guy Brunet nous invite à renouer avec une certaine idée de l’art (et de la fonction de l’artiste) qui n’est pas sans rappeler celle qui présida à ce que les historiens de l’art (et notamment Burckhardt) ont coutume d’appeler : la Renaissance. Car la Renaissance, à la différence des époques qui l’ont précédé et qui l’ont suivi, fut fondée non pas sur un déni des cultures passées (sur une soif de nouveauté constante), mais sur le désir de se réapproprier l’ensemble du contenu des cultures qui la précédèrent. Bien entendu, en affirmant une telle idée, nous ne voulons pas dire que l’oeuvre de Guy Brunet se contente de répéter des formes passées mais, tout au contraire, qu’elle a su entrer dans un rapport critique et vivant à la tradition dont elle émane sans pour autant succomber à la tentation, propre aux avant-gardes, d’en nier l’intérêt au nom de la nouveauté seule.

Dans sa série de peintures intitulée Masques, par exemple, ce que nous voyons ne saurait se laisser réduire à l’idée d’un simple jeu formel dans lequel le visage du portait peint se verrait recouvert par celui d’un satyre, d’un centaure, ou d’un ange; autrement dit, à l’idée qu’envers et contre les efforts que pourrait faire l’artiste pour s’arracher aux clichés que charrie en nombre infinie l’histoire de l’art, celui-ci ne pourrait, au final, que se voir partiellement vaincu par ses références. A l’inverse, il me semblerait plus juste de dire qu’en opérant une telle juxtaposition, Guy Brunet s’efforce, en fait, de nous montrer que la différence qui existe entre ces deux visages (entre le premier visage qui est souvent le sien, et « l’autre », le masque, qui appartient à l’histoire de la peinture) cesse d’exister dès l’instant que celui qui les peint sait extraire de ces deux entités le grain d’éternité qu’elles contiennent et qu’il sait donc, par conséquent, les faire entrer dans une dialectique où le présent (le vie) et le passé (l’histoire) se fécondent mutuellement.

De la même manière, ce qui fonde la valeur insigne de sa série de Triple portraits ne tient pas seulement au fait que les visages représentés soient exécutés avec une virtuosité technique digne des plus grands maîtres italiens (et notamment d’un maitre comme Giovanni Battista Moroni), mais bien aussi au fait que l’artiste, en les peignant, soit littéralement parvenu à les extraire du temps auquel ils appartiennent (car dans chaque Triple portraits, Guy Brunet s’est amusé à faire coexister des visages qui appartiennent soit à l’histoire de l’art (des portraits peints), soit à l’histoire culturelle (des portraits photographiques du siècle dernier), soit, enfin, à l’histoire actuelle (auto-portraits ou portraits d’après modèles)) pour leur donner une sorte d’actualité intemporelle ou, pour être plus précis encore, d’actualité « supra-historique ».

Or, qu’est-ce que cette actualité « supra-historique » qui brille à l’intérieur de chacune des peintures de Guy Brunet sinon le reflet d’une future Renaissance, c’est-à-dire, d’une Renaissance tout juste sur le point de naître et dont la tâche ne sera plus seulement, à l’instar de ce qu’elle fut pour l’art moderne et l’art contemporain, de rompre avec le passé (d’inventer de nouvelles formes) mais de redonner une actualité à tout ce que l’homme, dans sa marche à travers le temps, a su créer de Beau et d’éternel.  « La poésie veut instruire ou plaire; parfois son objet est de plaire et d’instruire en même temps.», Horace, L’Art poétique.

 

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